Ci-après la traduction française de l’interview accordée à l’Association des Banques Participatives Turques (TKBB). L’interview porte sur l’importance du développement durable comme levier de croissance de la banque participative Marocaine.

Le texte original en Anglais et en Turque est téléchargeable sur ce lien (page 78).

Qu’entendez-vous par aligner le modèle économique de la banque participative sur la durabilité ?

Comme vous le savez, le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Aujourd’hui, notre approche du développement n’est en aucun cas durable à l’échelle planétaire. L’exemple le plus frappant est le changement climatique qui représente un défi mondial sur les plans social, économique et environnemental. Face à cette situation critique, la communauté internationale a adopté en 2015 un ensemble d’objectifs pour mettre fin à la pauvreté, protéger la planète et assurer la prospérité pour tous dans le cadre d’un nouveau programme de développement durable. Chaque objectif est décomposé en indicateurs spécifiques (169 au total) à atteindre sur 15 ans. Les objectifs de développement durable (ODD) sont, aujourd’hui, le cadre universel en relation avec cette thématique.

Pour atteindre les objectifs fixés, il faudrait agir sur tous les fronts de la part du public et des secteurs ainsi que de la société civile. Se concentrer sur l’expansion marginale des budgets gouvernementaux ne suffira pas à atteindre les ODD. Plus précisément, il est fondamental que les institutions financières mobilisent d’énormes ressources pour relever les défis du développement durable dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’énergie, des transports et de la création d’emplois, pour n’en citer que quelques-uns. Compte tenu de l’ampleur et de la complexité des questions de durabilité, la responsabilité sociale des entreprises ne suffit plus. Les institutions financières doivent plutôt intégrer la durabilité dans leurs modèles d’affaires. L’objectif principal serait d’obtenir un impact positif, parallèlement à des rendements financiers comme dans le cas de l’ESG, de l’investissement socialement responsable et de l’investissement à impact. En ce qui concerne la banque participative, l’émission de Sukuk sociaux ou verts, l’alignement du portefeuille de financement sur des projets avec une portée environnementale, sociale et d’amélioration de gouvernance sont des exemples d’une telle stratégie.

Pourquoi la durabilité est-elle importante pour les banques participatives marocaines ?

Elle est importante pour de nombreuses raisons, permettez-moi d’en citer quelques-unes. Premièrement, le Maroc est confronté à de nombreux défis de durabilité qui sont plus aigus dans le contexte de la crise de Covid19, par exemple dans la création d’emplois, l’accès aux services de santé et l’éducation. Étant donné que la perspective éthique est une pierre angulaire de la charia, les banques participatives doivent contribuer activement aux efforts visant à résoudre les problèmes de durabilité. Deuxièmement, le modèle d’affaires de la finance participative est naturellement intégré dans l’économie réelle et peut être facilement aligné sur les différents besoins des écosystèmes sectoriels. Troisièmement, le comportement des clients évolue. Ils s’attendent maintenant à ce que les banques participatives soient actives sur le front social et enfin, la durabilité peut fournir aux banques participatives un avantage compétitif au-delà d’une proposition de valeur centrée sur « conformité à la charia».

Quelle est la situation actuelle en termes d’alignement du modèle économique de la banque participative sur la durabilité?

La banque participative est un secteur d’activité qui a vu le jour au Maroc il y a 3 ans. Jusqu’à présent, les efforts ont été principalement dirigés vers la responsabilité sociale des entreprises. Les exemples incluent le financement d’organismes de bienfaisance et le soutien d’initiatives universitaires sur la finance participative. Au fur et à mesure que l’industrie se développe et compte tenu des raisons que j’ai mentionnées plus tôt, nous devrions nous attendre à des actions plus concrètes en termes d’alignement du modèle d’entreprise de la banque participative sur la durabilité.

Quelles meilleures pratiques internationales peuvent être mises à profit pour déployer de telles stratégies ?

Dans le contexte bancaire, l’adoption des Principes pour une banque responsable (PRB) de l’Initiative de financement des Nations Unies pour l’environnement (UNEP FI) est une stratégie recommandée. Le PRB représente un engagement volontaire en faveur d’une approche bancaire plus responsable et durable qui contribuera à la réalisation des objectifs de la société. Le PRB, qui a été conçu sur la base des meilleures pratiques internationales, fournit un cadre prêt à l’emploi pour les banques participatives afin d’harmoniser leurs modèles commerciaux avec leurs valeurs éthiques, d’assurer une croissance continue et de canaliser des fonds pour des projets et des initiatives favorables au développement durable. Lors de la mise en place d’une stratégie centrée sur le développement durable, les Fintechs sont des leviers intéressants qui facilitent la transition vers une finance plus durable car elles soutiennent l’excellence opérationnelle et libèrent le potentiel d’innovation. Ceci est particulièrement pertinent dans le contexte du Maroc qui a une population jeune et une infrastructure de télécommunications relativement fiable.

À l’avenir, quelles stratégies faudrait-il entreprendre pour placer la durabilité au centre de l’activité bancaire participative ?

Nous devons d’abord reconnaître que les banques participatives n’ont d’autre choix que d’adopter une stratégie de développement durable. Actuellement, c’est une tendance internationale et les institutions financières du monde entier se disputent maintenant pour repenser leur modèle d’affaire de manière à ce qu’il corresponde aux défis et aux opportunités en matière de développement durable. Deuxièmement, partir d’une feuille blanche peut ne pas être l’approche optimale car les meilleures pratiques et normes internationales peuvent être facilement adaptées au contexte local. Cela garantira l’efficacité et la crédibilité vis-à-vis des parties prenantes. Troisièmement, comme le développement durable a une très large portée, il est recommandé que les banques participatives se concentrent sur des domaines spécifiques qui non seulement présentent un potentiel d’un point de vue commercial, mais qui correspondent également au positionnement de chaque banque. Enfin, la finance durable repose sur le principe de l’amélioration continue. Par conséquent, les banques doivent commencer par des initiatives à petite échelle, évaluer les résultats et s’inscrire dans un processus d’amélioration continue de leur proposition de valeur.

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